Après avoir dormi profondément jusqu’au petit matin, à peine réveillés par la prière de 5h00, amplifiée par le minaret voisin, nous voilà frais et dispo pour rencontrer les étudiants et commencer à évoquer le programme des jours à venir. Premier contraste de la journée : les étudiantes, entre voile, tenue austère, maquillage et accessoires féminins à la mode ! On comprend vite qu’ici « l’habit, ne fait pas le moine ».



Fin de matinée
Plusieurs étudiants se proposent de nous faire visiter Naplouse et notamment la vieille ville dans l’après midi. Ici le week end commence aujourd’hui jeudi, donc pas de cours demain vendredi (équivalent à notre dimanche chrétien) et relâche cet après-midi. Rendez-vous pris, nous allons déjeuner accompagnés par notre ange gardien Doc. B. Nous mangeons dans un excellent restaurant de Naplouse, quartier ouest, au menu : houmous, boulettes et brochettes d'agneau. Les boutons de pantalon prêts à exploser, les étudiants nous rejoignent et nous voilà partis pour la vieille ville.

La vieille ville
Nous allons en taxi jusqu’à la place des martyrs, véritable centre ville avec concert de klaxons, sirènes de voiture de police et cris de marché, des étals partout avec tout type de marchandise ! Comment font-ils pour être aussi bien achalandés, alors qu’ils sont assiégés par l’armée israélienne qui ne facilite rien …

Dans ce foisonnement de sons, d’odeurs et de couleurs, nous voilà partis dans la vieille ville encadrés par 3 étudiants. Première recommandation : ni photos, ni films. On nous explique que les lieux que nous allons visiter servent parfois de repaire aux résistants. D’ailleurs, chaque soir, les soldats israéliens font des incursions avec leurs véhicules blindés. Nous découvrons dans la rue principale des échoppes et marchands ambulants avec fruits, légumes, pâtisseries qui se mélangent à toute une artillerie de babioles plastiques, tissus multicolores, et instruments électroniques (made in china)… Ambiance parfumée des keftas (boulettes de viande) qui rôtissent sur des grills de fortune. Et puis les murs… emmaillés d’affiches de martyrs en tenue militaire, arme à la main. Nos guides sont capables de nous raconter l’histoire de chacun : lui, il a été abattu dans cette maison en 2002 par les soldats, ici, toute une famille morte dans les décombres de leur maison après un bombardement, aucun survivant, la jeune fille attendait un enfant… Aucun commentaire… C’était il y a 2 ans !
Nous sommes entraînés dans un dédale de ruelles, chaque recoin et petite place, nous montre un mémorial, et un lieu de drame. Très vite, on nous dit que l’on peut faire des photos et filmer, la confiance est établie.

Tous les murs, toutes les pierres semblent vouloir raconter une tragédie… Et pourtant, nous sommes poursuivis par le rire des enfants et les sourires bienveillants des anciens. On ressent derrière les voiles et les rideaux des fenêtres les regards durs et curieux, mais aucune haine, aucun reproche… Ils vivent… C’est peut-être çà la véritable résistance de ce peuple.
Et puis nous avons pris le thé dans un hammam, goûté la fameuse pâtisserie de Naplouse : le knafeh, une merveille culinaire (nous avons récupéré la recette !) chez le spécialiste local.

Au détour d'une ruelle, un marchand d'épices, antiquaire à ses heures perdues, une tour Eiffel lumineuse en coquillage, un obus de 1943 entre des sacs odorants et des machines à torréfier le café...

Et puis le périple s’est terminé au Centre Culturel Français à la sortie de la vieille ville.

La soirée
Retour en taxi à l’appartement, les jambes sont fatiguées mais la tête pleine d’images, de sons, d’odeurs et surtout d’histoires. Après 2 heures de repos, notre ange gardien vient nous chercher pour une sortie nocturne dans le plus vieux café traditionnel de Naplouse, au centre ville.
Là, assis en terrasse, nous buvons le thé, fumons le narguilé et échangeons sous l’arbre à palabre qui offrent de petits cadeaux tombés du ciel pour Stéphane (fientes d’oiseaux non identifiés). Le bruit de la ville est intense : klaxons, cris et… Tiens... Des pétards… Non, des coups de feu, nous dit-on ! Tout autour de nous la vie continue naturellement, le quotidien, ici ! Et puis un peu plus tard… Tiens... À nouveau des coups de feu… Non, des pétards, nous dit-on, on fête un mariage sur le toit de la mairie… De quoi s’y perdre entre les feux de Bengale, AK47 et le M16 ! Le patron du café laisse les clés à notre ange gardien et l’on continue à discuter. Bruit de rafale au loin, les soldats israéliens sont dans la vieille ville… Et la vie continue.

Retour à l’appartement, difficile d’aller se coucher après l’intensité de cette journée, alors nous préparons le programme d’interventions auprès des étudiants qui débutera dès samedi (début de la semaine ici)… Et puis chacun va se plonger dans un sommeil profond et sans rève…

Par D.D.