Lever tôt… pour notre seul jour de repos de la semaine ! Rendez-vous place des Martyrs pour aller visiter le camp de Balata, Mohammad sera notre guide pour la matinée. Après un petit trajet en taxi, nous y voilà ! Balata est le plus grand camp de réfugiés de Naplouse.

Tout de suite, on ressent la différence avec les lieux que nous avons visités jusqu’à maintenant et nous voyons que nous avons évolué plutôt dans le milieu palestinien privilégié. Les odeurs déjà ne sont plus les mêmes, l’âcreté de la pauvreté prend un peu à la gorge. Une rue principale où se croisent pèle mêle des marchands ambulants et des voitures (peu) petites et défoncées ; et les échoppes qui vendent de tout (poulets, fruits et légumes, pâtisseries…) Beaucoup de gens qui attendent, assis sur le pas des portes… qu’attendent-ils ? Un avenir peut-être !

Et puis dès que nous quittons la rue principale, des petits passages très étroits, avec des habitations qui se chevauchent les unes sur les autres, peu de fenêtres, des portes en fer ! Et des enfants qui jouent et rient, plus encore en nous voyant avec nos appareils photos et la caméra. Nous pénétrons dans un petit bâtiment, petit escalier et beaucoup de portes. Nous allons voir une personne que nous avons rencontrée à l’université.

Une balle dans le genou et 2 ans de prison pour avoir eu dans son portable le N° de téléphone d’une personne recherchée par les Israéliens, Sévère la punition !
il ne peut plus sortir de Palestine malgré plusieurs invitations aux États Unis pour faire un Master de journalisme! Première histoire de notre matinée, il vit et il a de beaux projets… Puis nous partons dans une autre habitation, rencontrer une autre famille.

La pièce principale, qui donne sur la rue est un véritable mémorial ! Des affiches et des photos pleins les murs. On apprend vite que la personne sur les photos est un « martyr », ancien responsable du Fatah sur le camp de Balata. Après deux années de planque, il a été abattu par un hélicoptère de l’armée Israélienne en 2004. Son frère nous raconte un peu son histoire, on sent l’émotion et la fierté dans la voix.

Et puis d’autres histoires plus anciennes ! Les parents originaires de Jaffa, au nord de Tel Aviv, avaient une belle maison, ils étaient une des familles les plus aisée de la région et puis comme ils disent « la Nakkba » (1948) cela veut dire « la catastrophe » , l’exil. Ils ont tout perdu ou presque, ils conservent les clés et l’acte de propriété de leur maison, à Jaffa. Et depuis, ils survivent au camp de Balata. Cela me rappelle une citation qui date de 1901 : La Palestine, c’est un peuple sans terre qui revient à une terre sans peuple.

On sent que chaque maison aurait beaucoup à raconter… Et le quotidien du camp aujourd’hui avec ses incursions nocturnes, d’ailleurs on nous montre la tour d’observation des militaires Israéliens, sur une colline qui surplombe Balata.

Après être passé dans une autre maison pour boire un verre de coca, nous partons, suivi par un groupe d’enfants rieurs.

Nous allons déjeuner chez notre ange gardien doc B. pour un repas copieux et délicieux, nous faisons connaissance de sa femme et de sa fille.
Moment de détente et de convivialité, cette convivialité que l’on retrouve en chaque personne que nous rencontrons dans cette merveilleuse ville de Naplouse. Et puis les coups de barre successifs nous assaillent ! Il est temps de rentrer, il faut continuer à envoyer des emails et des coups de téléphone pour régler l’histoire des bourses et des billets d’avion des étudiants qui vont venir en France. Une soirée calme et endormie, des histoires qui reviennent, des tranches de vie… la nuit tombe et à quelques kilomètres d’ici, un homme tient précieusement dans ses mains les clés de sa maison, et il attend…

Par D.D.